dimanche 28 octobre 2012

Rééquilibrer le marché de l'emploi


La croissance miracle

La solution à tous les maux, celle qui a toujours résolu les problèmes, la seule issue connue pour sortir du tunnel. 

Autrefois, nous étions pauvres, mais heureux. Simplement parce que tant qu’il y a de la croissance, il y a de l’espoir. Demain, je serais riche !

Autrefois, nous n’étions pas chômeurs, car les licenciements étaient moindre par rapport aux créations d’emplois. L’amélioration de la productivité, destructrice d’emploi, était supplantée par l’augmentation de la production, créatrice d’emploi.

Autrefois, nous voyions les inégalités se réduire, car les employeurs devaient proposer des salaires décents, pour attirer le peu de main d’œuvre encore disponible. C’était le temps du plein emploi.

Un rapport de force déséquilibré

En 1958 un économiste, Alban Phillips, s’est penché sur la relation entre le taux de chômage et le niveau des salaires. Il a constaté que dans les périodes historiques où le chômage est faible, les salaires ont tendance à augmenter. Cela se comprend intuitivement puisque le salarié peut négocier avantageusement son salaire. Et inversement, lorsque le chômage est haut, les salaires déclinent, puisqu’alors c’est l’employeur qui est en position de force pour déterminer le salaire.  


Dans un monde sans croissance, tel que nous le connaissons, le raisonnement est alors simple. Puisque le taux de chômage est élevé, c’est l’employeur qui décide. Le rapport de force est déséquilibré. C’est la porte ouverte aux profits sans limite des entrepreneurs, c’est la domination du capital sur le travail, et c’est la suprématie du pouvoir financier.

Cela se confirme en 2012, avec une croissance en berne, un chômage qui passe le seuil des 3 millions, et une baisse du pouvoir d'achat.


Créer la pénurie de main d’oeuvre

Face au constat d’absence de croissance, et des conséquences inégalitaires qui en découlent, que faire ? Attendre encore?

L'objectif du plein emploi n'est plus envisageable, cependant adapter la réglementation pour satisfaire ceux qui souhaitent obtenir un emploi, c'est possible. Il s'agit de réduire le nombre de demandeurs d'emploi, par des incitations financières, afin d'exclure ceux qui ne désirent pas vraiment un travail rémunéré.

Cette technique a déjà été expérimentée en France, avec notamment ces quelques exemples :
  •  Les préretraites
  •  Les congés maternité
  •  Les aides financières pour garder ses enfants jusqu’à 3 ans
  •  Les pensions d’invalidité
  •  L’allongement les durées d’études

Toutes ces mesures visent à inciter à devenir inactif. La technique peut être poussée plus loin, en allongeant la durée de l'allocation chômage, sans obligation de rechercher un emploi, ce qui permet d’exclure du marché de l’emploi les personnes pendant plus longtemps. De même, garantir un RSA sans condition, peut amener certains à se détourner de toute recherche d'emploi, si le revenu correspond à leur besoin.

Avec un peu d'imagination, voici d'autres pistes. Pourquoi ne pas autoriser à prendre une année de retraite intercalée dans la vie active ?  Ou avoir la possibilité de reprendre des études, tout en bénéficiant de son assurance chômage ? Ou dispenser de recherche d'emploi ceux qui sont actifs dans des associations ?

Une exclusion volontaire du marché du travail

Donner le choix à chacun de travailler ou de ne pas travailler, c'est une liberté fondamentale. Que celui qui accepte un revenu moindre s’éclipse, pour laisser la place à l'autre, c'est un principe du bien vivre ensemble.

Ainsi, avec une offre d'emploi en phase avec la demande, le marché du travail redevient cohérent. Le rapport de force entre employeur et employé reprend son sens. Le salarié n'est plus un pion, une variable d'ajustement, mais bien un partenaire qui se respecte. 

La résolution des inégalités passe nécessairement par cet équilibre retrouvé. La rareté de main d’œuvre va permettre un partage de la valeur ajoutée plus juste, au bénéfice du travailleur. 

La vraie menace, ce n’est pas la grève, c’est la démission. 

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